Mon premier arrêt est autour de Lyon. Je m’arrête voir Charlotte Fougereux une amie de longue date, professionnellement orientée vers la diffusion, et notamment celle du spectacle vivant. En discutant de son nouveau travail, nous réalisons que mes intérêts résonnent avec aux mission du lieu.

Les ateliers FRAPPAZ, Centre National des arts de la rue et de l’espace public (Cnarep)

Charlotte travaille à la médiation culturelle des ateliers FRAPPAZ.

Les Ateliers Frappaz, Centre National des arts de la rue et de l’espace public (Cnarep), labellisé depuis 2013, implanté à Villeurbanne (69) est un lieu de création et de production d’œuvres contemporaines pour et dans l’espace public. Le Cnarep à Villeurbanne dispose d’un lieu de 4600 m2, de plusieurs espaces de créations et de répétitions, d’ateliers de construction décor et d’un atelier de costumes ainsi que d’hébergements et de lieux de vie pour les artistes en résidence.

Les Ateliers Frappaz, en tant que Cnarep, œuvrent autour de trois grands domaines d’activité : le soutien et l’accompagnement de la création pour l’espace public, la rencontre des œuvres et des publics sur les territoires, ainsi que des missions professionnelles en faveur de la qualification et de la structuration du secteur. Il offre un accompagnement professionnel aux équipes accueillies sur les plans administratif, logistique et technique. Il épaule les démarches artistiques et en favorise l’éclosion. Cet accompagnement artistique s’exerce de différentes façons et à l’application effective des missions et des charges du label national (arrêté du 5 mai 2017) en matière de diversité, de parité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’à la prise en compte des droits culturels, de l’équité territoriale, pour le développement de l’accès et de la participation du plus grand nombre à la vie culturelle.

Les Ateliers Frappaz ont également en charge, depuis 2002 et en étroite collaboration avec la ville de Villeurbanne, le festival international des arts de la rue Les Invites de Villeurbanne, festival pas pareil, un espace d’expression artistique, festif, participatif et engagé et qui se tient tous les deux ans. Au moins le tiers de sa programmation se compose de créations de l’année en cours, faisant du festival Les Invites une véritable vitrine de ce frottement artiste-habitant-territoire et des actions menées à l’année par le Cnarep en matière de création et d’innovation artistique.

Parallèlement au festival Les Invites de Villeurbanne, les Ateliers Frappaz proposent durant, les années hors festival, des temps de présence artistiques réguliers, avec des rendez-vous de divers formats dont un temps fort sur des thématiques en lien avec l’actualité du monde d’aujourd’hui et par un travail renforcé avec les multiples acteurs culturels et sociaux du territoire, mais aussi au niveau national et international.

Le projet que déploie Nadège Prugnard tisse des liens étroits entre créations, écritures et territoires. Il travaille à l’accompagnement des écritures innovantes qui participent au renouvellement des esthétiques en espace public. Les Ateliers Frappaz s’affirment ainsi comme un lieu culturel complet qui permet à la fois la création mais aussi l’expérimentation, la formation professionnelle, la transmission, la recherche. Ce lieu identifié de la création en espace public se veut ouvert à son territoire d’implantation et à ses habitant·es. Il s’appuie sur une politique culturelle du décloisonnement, du dedans-dehors et provoque de nouvelles dynamiques partenariales à l’échelle métropolitaine, régionale, nationale et internationale. Plusieurs grands axes se dégagent de son projet : l’écriture et la « révolution du texte » dans les arts de la rue, la place des femmes créatrices en espace public, la jeunesse et la transmission, les arts participatifs, la redirection écologique et l’international. Plusieurs dispositifs font leur apparition dès 2024 : les « Débats pas pareils », les « Comptoirs des vivants », les ateliers d’écriture, les masterclasses, l’accueil d’artistes empêchés dans leur pratique artistique dans leurs pays d’origine, le dispositif « Faire émerger des textes pour la rue », l’édition du nouveau journal des arts de la rue Les cracheurs de feu, la publication de capsules sonores et d’instantanés des arts de la rue (Radio Cogne-trottoir).1

Je m’intéresse à la documentation de résidence car l’une des expositions sur laquelle je travaille dans le cadre de ma thèse est une « sortie de résidence ».

Les Ateliers Frappaz accueillent chaque année entre vingt et trente compagnies pour des séjours plus ou moins long. Celles-ci disposent d’hébergements, d’un lieu de convivialité et d’espaces pour répéter, construire et écrire. Chaque accueil en résidence se conclut par une présentation publique d’une étape de travail. Ces résidences engendrent une multitude de petits événements locaux et nécessitent une documentation du travail en cours pour les intermittents. Elles impliquent des tests avec et sans public, la prise de notes et un travail de recherche, avant que le spectacle final ne soit présenté ailleurs, plus tard.

J’ai pu assister à l’une des répétitions générales. Le public était varié, composé de collègues mais aussi de professionnels, dont l’équipe de Frappaz.

La documentation de résidence

En considérant la résidence comme un processus vivant plutôt que comme un événement ponctuel, la documentation ne sert plus un seul but unique, mais évolue pour répondre à des besoins spécifiques à chaque étape.

Voici ce que j’imagine comme production de documentation du point de vue de l’institution :

  1. Phase de Candidature et de Préparation (Avant la résidence)

    Objectif : Sélection, contractualisation et logistique. Documents clés : Dossiers de candidature, projets artistiques, budgets prévisionnels, contrats de résidence, correspondances administratives. Usage : Archiver pour la mémoire institutionnelle (qui a été accueilli ?), pour la justification des subventions (politique de sélection) et pour la préparation logistique de l’équipe d’accueil.

  2. Phase d’Immersion et de Recherche (Pendant la résidence - “Le laboratoire”)

    Objectif : Accompagnement de la création, traçabilité du processus et communication interne. Documents clés : Carnets de bord, notes de mise en scène, croquis, enregistrements audio/vidéo des répétitions (rushes), comptes-rendus de rencontres avec les médiateurs, photos de l’atelier. Usage : Pour le résident : Aider à structurer sa pensée, garder une trace des essais avortés ou réussis. Pour l’institution : Documenter le “faire” pour valoriser le temps de recherche (souvent invisible) auprès des financeurs. Pour le public/territoire : Créer du lien via des temps de restitution intermédiaires (documents de médiation). Remarque : Cette phase est rarement accessible aux chercheurs.

  3. Phase de Restitution et de Diffusion (La “sortie” de résidence)

    Objectif : Promotion, archivage de l’œuvre aboutie et partage avec le public. Documents clés : Dossiers de presse, photos officielles du spectacle, captations vidéo de la représentation, bilans qualitatifs et quantitatifs, articles de presse. Usage : Diffuser l’œuvre, justifier l’impact culturel auprès des partenaires, alimenter les réseaux sociaux et la communication future.

  4. Phase de Patrimonialisation (Après la résidence)

    Objectif : Mémoire à long terme, recherche et interopérabilité. Documents clés : Métadonnées structurées, indexation dans des bases de données (type Wikidata ou plateforme dédiée), dépôt d’archives physiques ou numériques pérennes. Usage : Pour les chercheurs : Permettre l’étude des processus de création. Pour l’histoire du secteur : Construire une mémoire collective des arts de la rue. Interopérabilité : Rendre ces données accessibles et connectables avec d’autres institutions (ex: lien avec Rennes 2 ou d’autres Cnarep).

Pistes de réflexion et propositions

L’objectif est d’identifier pour qui organiser ces archives : pour les artistes en résidence ? Pour accueillir des chercheurs en spectacle vivant ? Pour la diffusion ? Pour les rapports et demandes de subventions ? Ou pour l’archive de l’institution elle-même ?

S’agit-il d’archiver en même temps que de produire pour renseigner ? Pour aider les résidents ?

Identifier pour qui organiser des archives pour leurs artistes en résidences. Pour accueillir des chercheurs en spectacle vivant. Pour diffuser ? Pour les rapports et demandes de sub ? Pour l’archive de l’institution.

Archiver en meme temps que de produire pour renseigner ? Pour aider les residents ?

  1. Contexte général • Peux-tu me décrire brièvement ton rôle et celui de l’association dans l’organisation d’événements de théâtre de rue ? • Combien d’événements, de résidences, organisez-vous par an en moyenne ?

  2. Types de documents et supports collectés • Quels types de documents ou supports produisez-vous avant, pendant et après un événement ? (ex : affiches, programmes, photos, vidéos, comptes-rendus, articles de presse, etc.) • Est-ce que vous archivez aussi des documents administratifs (contrats, budgets, autorisations) ?

  3. Méthodes d’archivage • Comment classez-vous ces documents ? (par événement, par année, par type de support, etc.) • Utilisez-vous des outils numériques (cloud, logiciels de gestion, bases de données) ou des archives physiques (dossiers, boîtes) ? • Qui est responsable de l’archivage dans l’association ? Maxence Knepper, Communication & éditions s’occupe d’archiver les traces.

  4. Documentation et mémoire des événements • Comment assurez-vous la traçabilité et la mémoire des événements passés ? (ex : fiches récapitulatives, livres de bord, sites web, réseaux sociaux) • Est-ce que vous partagez ces archives avec d’autres structures ou le public ? Si oui, comment ?

  5. Difficultés et besoins • Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans l’archivage et la documentation ? • Avez-vous déjà perdu des documents ou des informations importantes ? Si oui, pourquoi ? • Quels seraient vos besoins pour améliorer cette gestion ?

  6. Perspectives d’avenir • Avez-vous des projets pour moderniser ou structurer davantage vos archives ? Viennent de passer sur une nouvelle solution.

    • Seriez-vous intéressée par des outils ou des formations spécifiques sur ce sujet à proposer à vos résidents ?

Wikidata : Pourrait-on l’utiliser pour rendre les données interopérables ? Est-ce pertinent dans ce contexte ? Plateforme de documentation : Offrir une plateforme dédiée, similaire à ce qui est développé à Rennes 2 ?

Première discussion le 26 février Entretien par écrit le [à venir]


  1. Présentation de l’institution sur le site web des ateliers FRAPPAZ.↩