author: Cooley, Jessica A.; Fox, Ann M.
title: Crip Curation as Care
date: 2022
abstract:
tags: curation, crip, care
theme: Curation
Présentation auteur.e.s
[[Cooley, Jessica A.]]
Résumé
Ce manifeste explore le concept de la “crip curation” comme une forme essentielle de soin (“care”), en particulier dans le contexte de l’art, de la performance et des expositions. Les autrices, Jessica A. Cooley et Ann M. Fox, s’interrogent sur la signification du soin à une époque où il peut sembler omniprésent et proposent une approche curatoriale ancrée dans trois principes fondamentaux : la collaboration comme soin, l’intersectionnalité comme soin et l’accès comme soin. Le texte est né du projet d’exposition “Indisposable: Structures of Support after the ada”, initialement conçu pour commémorer le trentième anniversaire de l’Americans with Disabilities Act (ADA), mais dont la portée a été profondément transformée par la pandémie de COVID-19 et les mouvements pour la justice raciale.
Idées principales
- Genèse du Projet : L’exposition “Indisposable” a été commandée par la Ford Foundation Gallery en janvier 2020. Les autrices soulignent l’importance de présenter la disability au sein d’une institution axée sur la justice sociale, notant que la disability est “everywhere and nowhere at the same time; it is omnipresent as a heavily determined signifier, yet those tropes need defamiliarization, particularly in visual representations.” Elles souhaitaient aller au-delà de l’accessibilité physique pour explorer la nature créative de la disability et l’esthétique du handicap.
- Impact de la Pandémie et de la Justice Raciale : La pandémie et les demandes de justice pour les personnes noires ont conduit les curatrices à recentrer leur projet pour aborder les questions urgentes de ce moment, en reconnaissant l’intersectionnalité de la pandémie et de la justice raciale et en se demandant pourquoi certaines vies sont considérées comme jetables (“disposable”).
- Manifeste pour la “Crip Curation as Care” : Le texte se présente comme un manifeste et un guide appelant les artistes et les curateurs à créer un art “crip” qui ne considère pas la disability comme une question isolée. Il s’agit d’un appel à prendre soin de la manière dont l’identité est toujours informée par l’ensemble de nos expériences et comment les identités intersectionnelles sont piégées par les valeurs oppressives de la société validiste, suprémaciste blanche et hétéropatriarcale. L’objectif est d’insister sur notre propre “indisposability”.
- Réinvention de l’Exposition : Face à la pandémie, l’exposition traditionnelle en personne a été transformée en une série de huit commandes vidéo diffusées en ligne (“chapters”) entre mi-2020 et début 2022. Chaque chapitre, fruit d’une collaboration avec un artiste, explorait des questions liées à l’indisposability en lien avec la COVID-19 et la violence envers les communautés BIPOC.
- Trois Principes de Soin dans la Curation :Collaboration comme Soin : Les autrices, qui collaborent depuis 2009, mettent en avant l’importance de l’interdépendance intellectuelle au-delà des besoins physiques. Elles critiquent la primauté du travail solo dans le monde académique et artistique et montrent comment leurs différentes vitesses de traitement de l’information et leurs horaires de sommeil opposés enrichissent leur collaboration. Elles soulignent également la nécessité de déconstruire les hiérarchies académiques implicites, en reconnaissant le rôle moteur de Jessica dans de nombreux projets. Pour elles, “Interdependent thinking is the crip alchemy that makes our collaborations a critical form of care and that makes our care work a critical crip practice.” Elles ont étendu ce principe aux artistes en encourageant les collaborations et en valorisant les relations existantes entre eux.
- Intersectionnalité comme Soin : Les autrices reconnaissent leur position de femmes blanches identifiées à la disability et leur responsabilité dans le démantèlement de la suprématie blanche. Elles affirment qu’une pratique curatoriale “crip” doit centrer les personnes marginalisées de multiples façons et que les curateurs doivent agir comme des structures de soutien pour amplifier d’autres voix. L’intersectionnalité est essentielle pour déconstruire l’idée que la disability existe en dehors de la race, du genre, de la sexualité, de la classe et de la nationalité. Les exemples de Sami Schalk, Black Power Naps (Navild Acosta et Fannie Sosa), Raisa Kabir, Kiyan Williams et Jill Casid illustrent comment l’intersection des identités et des systèmes d’oppression est au cœur de leur travail curatorial. Par exemple, concernant le travail de Navild Acosta et Fannie Sosa, elles écrivent : “The bodies of enslaved people were defined as inherently disabled as a means of justifying enslavement; anyone who resisted by seeking rest or escape was further pathologized… When Navild and Sosa work to reclaim rest, they offer a powerful retort to ableist ideologies that still pathologize rest to justify the consumption and disposability of bipoc bodies.”
- Accès comme Soin : Au-delà de l’accessibilité physique traditionnelle, les autrices adoptent le concept d‘“access intimacy” de Mia Mingus, qui décrit “that elusive, hard to describe feeling when someone else ‘gets’ your access needs.” Le passage à un format en ligne a nécessité une réflexion proactive sur les besoins des publics et des artistes en matière d’accès, allant au-delà de la simple connexion Wi-Fi. Cela incluait la prise en compte du “crip time” des artistes, l’intégration de descriptions audio, de sous-titres (comme ceux de Salerno positionnés au centre de l’image en anglais et en espagnol) et d’interprétation en ASL. Elles citent l’exemple de Raisa Kabir qui a pris le temps de construire une description visuelle détaillée de son œuvre avant même sa diffusion, encourageant le public à prendre soin de son corps pendant le visionnage. Pour les curatrices, “we needed to create access as a kind of radical welcome.”
- “Crip Materiality” : Jessica Cooley développe également le concept de “crip materiality” comme une tactique curatoriale qui valorise les objets d’art que les normes traditionnelles pourraient considérer comme dégradés ou inappropriés. Cela offre une nouvelle perspective sur l’accès à l’art en considérant la condition matérielle de l’œuvre elle-même. L’inclusion des sculptures de Kiyan Williams faites de terre et de champignons, matériaux considérés comme “décomposés” ou “jetables” par les idéologies validistes, illustre cette approche. Les autrices posent la question : “What happens when the inclusion of precarious material forms in artworks are considered as a model for how to care for precarious material forms in human life?”
- Appel à l’Action : Les autrices concluent en lançant un appel aux institutions, aux praticiens et aux audiences pour repenser leurs approches en matière de création, de valorisation et de réception de l’art à travers le prisme du soin “crip”. Elles interrogent les institutions sur leur capacité à intégrer le “crip time”, à soutenir la collaboration, à inclure la disability dans leurs initiatives DEI et à envisager l’accès de manière proactive. Elles encouragent les praticiens à intégrer l’accessibilité dès la conception des œuvres et à déconstruire les usages métaphoriques dommageables de la disability. Elles appellent les audiences à dépasser le sentimentalisme et à s’engager avec la complexité des représentations de la disability. En fin de compte, elles invitent chacun à transformer sa discipline et sa pratique créative pour créer une inclusivité réelle et systémique. Elles reconnaissent que ce travail est “messy, difficult, contradictory work; it is also among the most humane that we, in our imperfect, impermanent, impeccable bodies, can undertake.”
Lien avec la thèse
Ce document met en lumière une approche curatoriale innovante et profondément engagée, plaçant le soin, la collaboration, l’intersectionnalité (faire attention au vocabulaire) et l’accès au cœur de la pratique artistique et curatoriale. Il offre une critique essentielle des normes validistes et suprémacistes blanches qui sous-tendent souvent le monde de l’art et propose des pistes concrètes pour une transformation inclusive.
J’apprécie leur méthodologie qui intègre le care à toutes les étapes du processus et auprès de tou·te·s les intervenant·e·s. Il s’agit d’une approche non individualiste, ce qui me plaît particulièrement. J’aimerais tenter de l’adopter dans le cadre de ma recherche doctorale sur la conservation de l’exposition. L’exposition étant un projet fondamentalement collectif, où coopèrent de nombreux acteurs, œuvres et autres entités, cette méthodologie me semble particulièrement pertinente.
Notes
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Citations importées le 2025-04-12 5:59 pm
What is crip curation, and what’s care got to do with it? (p. 5)
[!quote|#5fb236] Very Important or Critical
Disability is, to paraphrase the late Paul Longmore, everywhere and nowhere at the same time; it is omnipresent as a heavily determined signifier, yet those tropes need defamiliarization, particularly in visual representations.1 (p. 5)
his is a manifesto, a guide, and a call for artists and curators to create crip art, performances, and exhibitions that do not hinge on disability as a singular, siloed issue. (p. 6)
[!quote|#5fb236] Very Important or Critical
This is a call to care for the ways in which identity is always already informed by all of who we are, and how those intersecting identities become trapped under the weight of those oppressive values constructed by ableist, white supremacist, hetero-patriarchal society. (p. 6)
the cultural moment and the precepts of disability justice demanded that our antiracist work be proactive rather than reactive. (p. 11)
prioritizing intersectionality within our work was a powerful form of care (p. 11)
[!quote|#5fb236] Very Important or Critical
What we define as “collaboration as care” is also a purposeful sharing of our platform so that others can amplify the work of their communities. (p. 11)
This also allows us to be decentered as organizing forces. We can instead act as the support structures ourselves, helping artists realize their visions, instead of artists helping us to realize our vision. In other words, this is not “our” exhibition, but theirs. We aim not to speak for others but, rather, to create spaces to magnify their experiences so they will be known. (p. 11)
[!quote|#5fb236] Very Important or Critical
First and foremost, we had to acknowledge the care and crip time needed by the artists with whom we were working. (p. 14)
This had to be factored into the schedule for our work together if we were not to simply be in the position of extracting work as a commodity from the artists. (p. 14)
[!quote|#a28ae5] Vocabulary, Names, Dates, Definition
Crip Materiality (p. 16)
[!quote|#5fb236] Very Important or Critical
Crip materiality is a methodology and curatorial tactic that invites us to revalue art objects that traditional curatorial and conservation standards would label as degraded, damaged, or inappropriate for display or collection. Thus, crip materiality is a critical point of care for the material existence of art objects themselves. Indisposable makes use of crip materiality to rethink what artworks to include in the physical exhibition and how artists who might not seem to engage disability directly in fact do so through their use of precarious materials. (p. 16)
What happens when the inclusion of precarious material forms in artworks are considered as a model for how to care for precarious material forms in human life? (p. 16)
We call on audiences to not mistake sentiment for care, particularly a kind of pathos that reinscribes contempt for the disabled body. Instead, we call on them to actively wrestle with what disability studies and theater studies scholar Carrie Sandahl has called “representational conundrums,” neither dismissing complex, even contradictory portrayals of disability outright nor settling for sentimental, stereotypical, or sensationalistic images of disability that do damaging work in the world (p. 17)
[!quote|#a28ae5] Vocabulary, Names, Dates, Definition
Carrie Sandahl has called “representational conundrums,” (p. 17)
Finally, we call on readers, regardless of field, to consider how they can curate care along the lines we describe above by transforming their discipline and creative practice. (p. 17)
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Bibliographie
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